Certains de nos lecteurs le savent mais pour ceux qui ne seraient pas au courant, avant de venir m’établir au Canada, j’ai grandi et suis originaire (du moins sur le papier) d’une magnifique ville dans le sud est de la France, au pied des Alpes, à deux pas de la Suisse et possédant un lac magnifique, Annecy. Étant passionné de jeu vidéo depuis toujours, il me fallait un magasin dans lequel aller et parmi les nombreux prétendants, Virtual Dreams (anciennement Dock Games mais on y reviendra) sortait toujours du lot de même que pour de nombreux clients toujours fidèles à cette boutique. Étant de passage dans le coin, j’ai tout de suite saisi l’opportunité de m’entretenir avec Stéphane Revillard le gérant (à droite) et créateur de la boutique depuis 1996 ainsi que Christophe (à gauche) son binôme arrivé 6 mois après l’ouverture du magasin.

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RetroGamer.ca : Étant plus jeune j’étais un fervent client de la boutique, qui s’appelait alors Dock Games, peux-tu revenir sur les origines du magasin ?

Stéphane : J’ai ouvert le magasin quand j’avais 20 ans en 1996. À l’époque, nous avions choisi Dock Games car ce n’était pas une franchise mais une enseigne. C’est-à-dire qu’à part le fait d’utiliser le nom Dock Games, nous étions complètement libres et indépendants sans comptes à rendre. Mais tout changea en 2001 lorsque la maison-mère, Interdeal, obligea tous les magasins (NDLR : les magasins Dock Games étaient présents dans toute la France) à passer pour le coup en système de franchise. Pour nous, cela ne représentait que des désavantages. L’obligation de passer par une centrale d’achat, donc pour des tarifs et des délais pas toujours optimaux, il y avait également les royalties sur le chiffre d’affaire, bref que des choses dont nous ne voulions pas. Tout ça pour dire que l’on a finalement refusé l’offre et, pendant le délai qui nous était imposé, nous avons réfléchi à une solution et c’est comme cela qu’est né Virtual Dreams.

RetroGamer.ca : J’imagine donc que Virtual Dreams n’est pas une franchise, peux-tu revenir sur le détail de la création de cette marque utilisée aussi à Annemasse et Thonon en France et Genève, Nyon et Lausanne en Suisse ?

Stéphane : Étant un fana de l’Amiga, micro-ordinateur que je possédais à l’époque, j’étais tout naturellement impressionné par la Demo Scene et un des groupes qui m’a le plus subjugué était Virtual Dreams. De plus, dans notre nouvelle appellation, nous voulions éviter d’avoir le mot Game car nous ne vendons pas que des jeux mais également des DVD et maintenant Blu-Ray, donc par extension du “rêve” et nous avons préféré cette idée de “virtuel” pour symboliser les jeux vidéo. Le nom s’est donc imposé de lui-même. Ensuite, nous sommes effectivement repartis sur le modèle d’enseigne que nous chérissions tant pendant les années Dock Games et avons également proposé la marque alentours pour en faire bénéficier d’autres magasins en France et en Suisse. C’est pour cela qu’il existe cinq autres magasins Virtual Dreams en France et en Suisse dont la seule “contrainte” est de ne pas faire de tort à la marque. D’ailleurs pour l’anecdote, les processus de communication avec la Suisse ont été nettement simplifiés du fait de notre modèle, car je me rappelle qu’à l’époque de Dock Games, il fallait passer par toute une batterie d’avocats pour poser une question, c’était donc une perte de temps, d’énergie et d’argent énorme !

RetroGamer.ca : Notre question classique dorénavant pour nos entrevues, combien êtes-vous dans l’équipe ?

Stéphane : Deux ! Lorsque j’ai décidé d’ouvrir le magasin en avril 1996 j’étais tout seul dans ces locaux qui ont abrité, entre autres, une boucherie. Cependant, j’ai vite compris que ce ne serait pas possible et j’ai donc tout naturellement proposé un poste à Christophe que je connais depuis toujours et qui m’a finalement rejoint en septembre 1996 après avoir fini son service militaire. D’ailleurs pour lui c’était le magasin ou inspecteur des impôts ! Nous avons également pris quelques extras et faits des contrats de qualifications lorsque nous en avions besoin par exemple au moment des fêtes.

RetroGamer.ca : C’est un très beau parcours que vous avez fait jusqu’à maintenant, mais je pense que tout n’a pas été tout rose. Quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer ? La concurrence avec les autres magasins de la ville par exemple.

Stéphane : Par rapport aux autres magasins spécialisés à Annecy, il faut savoir qu’il y en avait beaucoup plus avant (NDLR : Difintel Micro, Ultima et Virtua ont fermé à la fin des années 90/début 2000) et que l’on reste le seul magasin spécialisé indépendant de la ville encore en activité. Maintenant on peut trouver un des magasins de la chaîne Game Cash qui est venu remplacer le Games lors des fermetures massives de début 2013, ainsi que deux Micromania dans les centres commerciaux. Tout ces magasins sont des franchises et n’ont donc aucune liberté et c’est là-dessus que nous nous différencions. Donc nous n’avons pas eu vraiment eu de problème face à la concurrence physique car en tant qu’indépendants nous pouvons nous permettre plus de choses. Cependant la vraie difficulté que nous rencontrons est par rapport à la concurrence assez déloyale d’internet et de tous les magasins en ligne qui y ont fleuri, Amazon en tête. On se fait souvent réprimander, conspuer voire insulter parce que nos prix sont jugés trop élevés par rapport à ceux du net. Mais ces personnes oublient qu’un magasin physique doit répondre à beaucoup de contraintes financières, comme les salaires, les charges sociales et autres taxes. Et on n’oublie pas non plus la crise économique qui nous a tous touchés.

RetroGamer.ca : Parlons maintenant des jeux rétros qui occupent une grande place dans votre magasin. Comment vous les  procurez-vous ?

Stéphane : Le plus souvent sur les brocantes, Christophe étant un spécialiste.

Christophe : Tout à fait et même si ça devient d’ailleurs de plus en plus difficile de dénicher des perles, si on se lève tôt le dimanche matin, on peut encore trouver quelques belles choses. C’est vrai qu’on est loin de l’époque des The Legend of Zelda A Link to the Past complet à 20€ (NDLR : $30) mais tout n’est pas perdu. On a récemment trouvé quelques beaux Game&Watch que l’on peut voir dans la vitrine. Sinon l’autre moyen dont nous disposons pour nous procurer les jeux est la revente des particuliers. En effet nous avons des clients qui nous ramènent certaines fois des cartons de jeux NES ou Super Nes car ça prend de la place et la poussière chez eux et ils préfèrent nous les revendre voire nous les donner. D’ailleurs récemment un de nos clients nous a donnés une Vectrex car elle prenait la poussière chez lui.

RetroGamer.ca : Comme je l’avais demandé lors de ma dernière entrevue avec Video Games New York, est-ce que tout ce qui est dans le magasin est à vendre en termes de jeux rétro ?

Christophe : Presque tout ! Nous préférons garder certaines choses car nous pensons que ça crée une véritable valeur ajoutée au magasin. Par exemple nous avions une Vectrex et un client nous l’a achetée et ensuite on s’en est un peu mordu les doigts car elle apportait vraiment quelque chose dans la boutique.

RetroGamer.ca : J’aimerai maintenant revenir sur ton profil de joueur. Quand as-tu commencé le jeu vidéo et sur quelle(s) machine(s) ? Quel est d’ailleurs ton jeu préféré ?

Stéphane : Alors j’ai commencé sur Colecovision même si auparavant j’avais connu les Pong et autres bornes cocktail. J’ai ensuite eu quelques Table-Top, des portages de hits d’arcade sous formes de mini bornes d’arcade que faisaient Nintendo par exemple. J’ai ensuite eu une console Yeno avant de passer sur micros ce qui m’a amené à faire l’impasse sur les consoles 16-bits tout en y jouant chez des voisins/amis. J’ai donc découvert l’Amstrad CPC 464 et surtout la machine qui restera à jamais dans mon cœur : l’Amiga. Quand j’ai découvert cette machine, ça a été le coup de foudre ! Une vraie machine professionnelle qui permettait d’aller au-delà du jeu et de faire des demos et de découvrir l’infographie. D’ailleurs ce n’est pas par hasard que mon jeu préféré est Turrican que je connaissais tellement par cœur que je pouvais le finir trois fois en un après-midi !

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RetroGamer.ca : Trouves-tu encore le temps de jouer malgré le temps que te prend la gestion du magasin ?

Stéphane : En effet je n’ai plus trop le temps de m’investir dans de longues et grandes aventures comme avant mais je reste quand même au courant de ce qui se fait car sinon comment conseiller les clients ! Il y a quand même un jeu qui me passionne vraiment étant un amateur des flippers physiques c’est Pinball Arcade auquel je joue sur PS3 et au dernier classement j’étais 17ème joueur mondial ! En fait je reproche également aux jeux de cette génération de manquer de saveur et je trouve qu’ils sont devenus vraiment trop faciles. Par exemple, le mode Normal de maintenant est le mode Facile d’hier ce qui est bien dommage.

RetroGamer.ca : Es-tu collectionneur également ?

Stéphane : Pas du tout ! Pour moi c’est une cause perdue parce que je pense que je serais un éternel insatisfait. Je trouverais toujours quelque chose qui me manque et je ne m’en sortirais pas !

RetroGamer.ca : Dernière question pour terminer correctement cet entrevue, quelle est pour toi la bonne recette de la gestion d’une boutique spécialisée ?

Stéphane : Il faut arriver à se démarquer que ce soit par le conseil qu’on apporte au client, faire tester les jeux que l’on a (sous réserve de la disponibilité des consoles). On organise également des concours sur les réseaux sociaux, on garantit nos jeux rétro d’office pendant 6 mois car pour nous c’est important et que, si problème il y a, on s’engage sur les jeux que l’on met en vente. Donc faire la différence et ne pas se concentrer sur le prix uniquement car d’autres ont essayé de casser les prix et on connait le résultat.

Je vous invite donc à venir jeter un coup d’œil et acheter quelques jeux rétro dans cet excellent magasin bien agencé et fourni comme en attestent les clichés. Il est situé au 3 rue de la Paix. En plus ce sera pour vous l’occasion de visiter Annecy cette magnifique ville à deux pas des plus belles montagnes au monde et avec un lac superbe et une vieille ville qui, en plus d’être pittoresque, possède le meilleur glacier au monde : le Glacier des Alpes.