Un garçon aux cheveux blonds qui brise des œufs en lançant des marteaux, tout ça en faisant du skateboard… ça vous dit quelque chose ? La grande majorité dira qu’il s’agit bien sûr d’Adventure Island sur NES. Les amateurs de SEGA lèveront les armes en défendant qu’il s’agit en fait du célèbre Wonder Boy. Un ami Sud-Américain pourrait même vous parler d’une série obscure nommée Monica’s Gang alors que votre ami japonais fera allusion à Saiyūki World (Journey To The West). Bon alors, qui a raison ? Qui a volé le concept de la série ? La réponse peut surprendre !

Il s’agit en fait d’un concept original du développeur Escape, maintenant connu sous le nom de Westone Bit Entertainment. Réalisé par une toute petite équipe de trois têtes, Wonder Boy voit le jour en 1986 sur le premier système offert par SEGA, le SG-1000, pour ensuite être porté sur arcade et Master System. SEGA obtient les droits du personnage et du nom de la franchise, mais Escape en retient les autres éléments. C’est donc dans l’optique de présenter son jeu sur le plus de plateformes possibles qu’ils signent une entente avec Hudson Soft, ce qui pave la voie à la création de la série Adventure Island. Le personnage principal est remplacé par une caricature du porte-parole d’Hudson de l’époque. Avouez qu’on ne verrait pas cela aujourd’hui ! C’est comme si Nintendo faisait un jeu avec un personnage à l’effigie de Reggie-Fils Aimé ! De nouvelles musiques sont incorporées et quelques éléments des niveaux sont déplacés. Le concept du jeu demeure cependant complètement identique. Sortie sur la NES, cette itération éclipsera la version Master System en termes de ventes et de popularité. La console de Nintendo était plus grand public, mais je crois secrètement que la musique effroyable de la version Master System y était pour quelque chose !

Au fil des années, Westone développe plusieurs nouveaux titres dans la série, dont la sous-série Monster World, qui offre plusieurs nouveaux éléments comme un système d’inventaire, des magies et un monde non-linéaire. SEGA offre ces version sur ses consoles respectives (Master System, Genesis et Game Gear), alors qu’Hudson s’assure de les développer pour la PC-Engine (TurboGrafx-16). Le développeur ne conserve que le sous-titre de chaque jeu, sans la mention Wonder Boy ou Adventure Island. Heureusement car on s’y perd un peu avec des titres offerts par SEGA tel que Wonder Boy V: Monster World III.

Hudson Soft va également plus loin et propose de nouvelles suites au Adventure Island original, également sur NES, mais bientôt sur Game Boy et SNES. Ces nouveaux titres ajoutent quelques éléments intéressants, comme par exemple la possibilité de se déplacer sur le dos de dinosaures aux habiletés variées. Enfin, moi qui avais toujours rêvé de crier RAAAAAAWR! en jouant sur mon Game Boy. En 1995, Hudson incorpore enfin les éléments clés de Monster World pour le sublime Super Adventure Island 2 sur la SNES. Probablement mon “hidden gem” préféré de cette console !

Mais ce n’est pas tout ! Deux autres développeurs, plus discrets, offrent également leurs versions de Wonder Boy II, soit Jaleco et Tec Toy. Ceux-ci utilisent respectivement Saiyūki World et Monica’s Gang comme univers pour leur titres. Alors que Tec Toy choisit d’apdater également les chapitres 2 et 3 de Monster World, Jaleco offre une suite originale à Saiyūki World qui sortira sous le nom de Whomp ‘Em en Amérique du Nord. Avouons-le, il n’y a plus beaucoup de liens avec Wonder Boy à ce stade-ci.

Aujourd’hui, Westone demeure silencieuse, mais tout indique que la compagnie existe encore. SEGA conserve ses droits sur Wonder Boy, ce qui leur permet d’inclure les jeux de la série sur de nombreuses compilations ou d’en offrir des versions numériques émulées (Virtual Console, PSN, etc). C’est cependant Konami qui détient les droits pour Adventure Island depuis l’acquisition d’Hudson en mars 2012.