Cette année j’ai eu la chance d’aller passer les fêtes avec ma famille à New York City (ma mère en rêvait depuis longtemps) et comme j’avais un jour de libre j’ai décidé de passer un peu de temps dans mon magasin préféré qui se révèle également être un petit musée sur l’histoire de notre média favori. Le gérant fort sympathique, Giulio Graziani, un italien d’origine, a d’ailleurs bien voulu m’accorder un peu de son temps pour que je lui pose quelques questions sur son magasin et la façon dont il fonctionne.

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RetroGamer.ca : Sur votre site internet on peut voir que votre magasin existe depuis 2006 mais qu’en était-il avant ?

Giulio Graziani : Avant 2006 nous étions Saint Marks Games car nous étions situés sur Saint Marks Street depuis les années 80. Cependant nous avons commencé à manquer de place et par chance le nom de domaine sur Internet « Video Games New York » était disponible ! Nous avons donc opté pour ce nom car nous ne pouvions plus garder Saint Marks Games.

RetroGamer.ca : Quel est le concept de votre magasin et qu’est-ce qui le rend unique en son genre ?

Giulio : Ce qui nous intéresse c’est avant tout le jeu vidéo en tant qu’objet et en tant qu’objet de design et surtout objet culturel. En effet la disposition du magasin nous a permis de faire un coin musée sur l’histoire de ce média qui nous passionne et c’est vraiment ça qui le rend unique. De plus et ça beaucoup de gens l’oublie, mais les jeux vidéo sont tout d’abord une invention américaine avant d’avoir été repris par les Japonais, la toute première console de salon (l’Odyssey de Magnavox conçue par Ralph Baer) est là pour en témoigner. C’est donc cet hommage que l’on a voulu rendre en exposant ces machines oubliées.

RetroGamer.ca : Combien êtes-vous dans le magasin ?

Giulio : Dans le magasin à proprement parler nous sommes 6 (en rotation) mais il faut comprendre que Video Games New York ce n’est pas seulement le magasin mais aussi un symbole car on participe également à des événements sur tout le continent comme l’Otakuthon à Montréal justement. Donc au final c’est difficile à définir.

RetroGamer.ca : Est-ce que vous rencontrez des difficultés particulières ? Quels sont les principaux défis que vous avez à relever ?

Giulio : Pour ne rien vous cacher, la concurrence avec Internet est bien là et certaines fois elle fait très mal. On est même parfois venu nous dire dans le magasin que nos prix étaient trop élevés par rapport à la toile. C’est évident pour moi mais cette personne ne se rendait évidemment pas compte des coûts associés au fait d’avoir un magasin physique tels la location des murs, le personnel, le stockage, le service mais aussi les impôts et autres taxes desquelles on doit s’acquitter.
Nos concurrents directs sont donc maintenant les magasins en ligne qui n’ont pas à gérer toutes ces problématiques à la fois mais aussi les grandes chaînes qui vendent également du jeu vidéo. La concurrence est donc rude mais nous sommes assez spécialisés pour pouvoir nous en sortir et arriver à être rentable voire même un peu plus que ça.

RetroGamer.ca : Vous procurez-vous personnellement les jeux rétros ou passez-vous plutôt des commandes ?

Giulio : Je fais moi-même les recherches et ça me prend énormément de temps. C’est également très addictif et c’est pour cette raison que je ne collectionne plus personnellement. Tout ce que je recherche et que j’achète c’est avant tout pour le magasin. Je me rends de temps en temps au Japon par exemple mais c’est surtout pour renforcer les liens avec mes contacts là-bas et m’assurer que tout se passe bien. Dans l’ensemble ce sont donc des commandes avec des dizaines de cartons qui arrivent par mois !

Retrogamer.ca : Quel est votre jeu / console préféré du magasin ?

Giulio : J’ai une affection toute particulière pour la GameCube Panasonic Q qui représente vraiment pour moi le jeu vidéo en tant qu’objet de design. Sinon dans un tout autre registre et pour une raison que je ne m’explique pas moi-même (rires) j’ai une affection sans bornes pour l’Atari Stunt Cycle qui est une console Pong avec un guidon en guise de manette et je la trouve fantastique ! Il y a aussi le prototype de Glover pour Nintendo 64 que je conserve précieusement ici et qui représente le jeu vidéo en cours de conception la forme de la cartouche allongée étant différente des cartouches conçues pour la vente.

Retrogamer.ca : Est-ce que tout ce que l’on voit dans le magasin est en vente ?

Giulio : De par notre partie musée, il y a certaines choses que je préfère garder comme la GameCube Panasonic Q, mais aussi R.O.B le robot de la NES que je ne vends seulement si je l’ai en double. Il y a également toute la partie des consoles de développement que je garde précieusement ici comme la PS2 Tools et ses 17 Kg ou encore la XBox DevKit. Les vendre signifierait renoncer à ce coin musée auquel je tiens tant et nous perdrions alors notre identité.

RetroGamer.ca : Avez-vous une base de données pour classer tous les jeux présents dans le magasin ?

Giulio : Non, nous préférons gérer tout ça nous-mêmes. Si vous cherchez quoi que ce soit dans le magasin vous pouvez toujours nous demander, nous sommes là pour vous aider. De même les jeux populaires sont mis en avant dans les vitrines et les autres jeux sont classés par ordre alphabétique même si nous ne sommes pas à l’abri de clients qui ne rangent pas les jeux à la bonne place mais c’est la rançon du succès !

RetroGamer.ca : Pour conclure pouvez-vous nous donner votre avis sur le futur du jeu vidéo et les nouvelles consoles qui sont arrivées récemment ?

Giulio : Personnellement je trouve, et que ce soit du côté de Sony ou de Microsoft, que le jeu vidéo perd de cette aura d’objet de design a contrario de ce qu’il se faisait précédemment. Ils pensent au jeu avant de penser les machines et les jeux en tant qu’objets. Le jeu vidéo devient un objet de consommation et je trouve ça très dommage.

Je vous laisse avec quelques clichés pris dans la boutique située au 202 East 6th Street en face de Cooper Square. De mon point de vue cette boutique est une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle on peut (et on doit) fouiller pour dénicher quelques petites perles à des prix plus qu’honnêtes bien que les gros hits soient affichés en vitrine. De plus les employés ainsi que le gérant sont compétents et surtout passionnés ce qui me rappellent la bonne époque des boutiques de jeux en France quand elles étaient également tenues par des passionnés qu’on laissait travailler en paix. En espérant que cette boutique unique en son genre perdure assez longtemps pour que les jeunes découvrent et les moins jeunes comme moi replongent dans leurs souvenirs.

P.S. : En bonus deux photos prises du restaurant japonais que Giulio m’a conseillé près du magasin, c’est très bon et pas cher. Je ne me rappelle plus du nom mais c’est vraiment très proche et si vous voyez cette immeuble et ce cochon c’est que vous êtes au bon endroit.