Je vous présente cette semaine la première partie d’un dossier sur l’avènement de la conformité et de l’assurance qualité dans l’industrie du jeu vidéo.
 

Le légendaire sceau de Nintendo

Presqu’éteint de nos jours, les clubs vidéo ont été pour plusieurs de ma génération le paradis du joueur. Chaque semaine, on pouvait essayer un nouveau jeu, pour presque rien, pendant 2 journées complètes ! Mais à chaque visite, c’était le même dilemme. Mais quel jeu choisir ?

Heureusement, mon club vidéo préféré n’avaient que des bons jeux. C’était facile à savoir, ils avaient tous reçu le sceau officiel de Nintendo (Official Nintendo Seal) ! Ça ne pouvait pas être mauvais ! Évidemment, vous savez autant que moi qu’au final, un jeu pouvait se révéler une atrocité et tout de même avoir ce sceau. Alors, pourquoi l’apposer ?

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Sceau Nintendo discrètement visible derrière la boîte de Super Metroid

C’est qu’en fait, pour obtenir l’imprimé doré, il suffisait de rencontrer une dizaines de critères spécifiques. Ceux-ci étaient surtout axés sur les sujets à caractères sexuels et la violence excessive. Il s’agissait donc d’une approbation de conformité, non pas de qualité à proprement dit. Malgré tout, on doit beaucoup à ce petit logo qui aura permis à l’industrie d’être aussi florissante aujourd’hui.

Chacun pour soi !

Pour bien comprendre les raisons qui ont poussé Nintendo à créer ce sceau, il faut remonter d’une trentaine d’années. Bandeau fluo et moustache de Tom Seleck… bienvenue dans les années 80 ! Au début de la décennie, on voit une industrie du jeu vidéo grandissante, et de plus en plus de gens achètent des consoles mais également des micro-ordinateurs conçus pour les jeux vidéo. Atari 2600, Atari 5200, CollecoVision, Intellivision, Commodore 64, et j’en passe. Évidemment, chaque système possède sa propre librairie de jeu. Tout le monde tente de profiter du boom, et on voit innombrables jeux d’une qualité ma foi douteuse abonder le marché. N’importe quel ‘tit-cul peu développer un jeu dans son sous-sol et le distribuer comme bon lui semble, sur une ou toutes les consoles. Et c’est ce qui se produit.

Beaucoup de choix. Trop de choix ! Le consommateur ne s’y retrouve plus ; les éditeurs ne font pas d’argent. En 1983, pendant que Luke combat Darth Vader et sa deuxième étoile de la mort, c’est le krach du jeu vidéo en Amérique. L’industrie, trop avare, aura causer sa propre perte. Pendant près de deux ans, c’est la catastrophe et les profits chutent de plus de 95%.

Ceci n’est pas une console

En 1985, profitant d’une vague de popularité au Japon, le ninja Nintendo dépose silencieusement quelques boîte sur certaines tablettes New-Yorkaise, et ce plusieurs mois avant de faire une distribution ailleurs en Amérique du Nord. En offrant un ensemble comprenant R.O.B. le robot. la NES, 2 contrôleurs, un Zapper ainsi que les jeux Gyromite et Duck Hunt, Nintendo, prétend aux détaillants réticent qu’il ne s’agit pas d’une console… mais bien d’un jouet très techno ! Et quel subterfuge, car R.O.B. n’est même pas nécessaire pour jouer au jeu inclus dans la boîte, qui fait pourtant vendre plusieurs unités. Et ça ne s’arrête pas là, car la société japonaise à un autre tour dans sa poche. Pas question que n’importe qui distribue des jeux pour son nouveau bébé.

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L’ensemble NES Deluxe

Elle met tout d’abord au point un système de protection, soit une puce qui se retrouve à l’intérieur de chaque cartouche. Nintendo impose de plus ses règles et restreint le nombre de jeu qu’un éditeur peut mettre sur le marché par année. C’est en 1988 qu’apparaît le Nintendo Official Seal en Amérique, alors que son équivalent européen est nommé Original Nintendo Seal of Quality. Le sceau n’existe cependant pas au Japon, devenu puissance mondiale en la matière pendant la crise de l’industrie Américaine.  Chaque jeu distribué pour la console doit se conformer à 10 règles strictes afin d’obtenir l’approbation obligatoire. Si tout est en ordre, le jeu se retrouve sur les tablettes et le sceau doré est apposé.

 

SEGA entre également dans la valse. Voulant tout autant éviter la catastrophe qu’une autre crise de l’industrie pourrait causer, elle crée elle aussi son propre Seal of Quality. Cependant, elle n’impose pas son sceau aux développeurs. La majorité d’entre eux soumettra tout de même ses jeux au test de qualité de SEGA afin d’obtenir l’impression d’approbation, également dorée. Fait à noter, on y trouve moins de restrictions que sur la liste du concurrent. C’est d’ailleurs pour cette raison que le sang du célèbre Mortal Kombat est correctement rouge sur Genesis, alors qu’il avait dû être dépouillé de couleur dans la version SNES. Exit également la clause qui empêche un éditeur de sortir le nombre de jeux qu’il désire à l’intérieur d’une même année.

« Moi, j’aime pas les restrictions »

Pas une mauvaise idée. Est-ce que j’ai mentionné que cette restriction annuelle imposée par Nintendo s’élève à seulement 5 jeux  par éditeur ? (Indice : non) Pas surprenant alors que ça ne plaise pas à tous ! Konami décide donc d’elle aussi enfiler son costume de guerrier de l’ombre et attaque sans crier gare ! C’est ainsi que naît Ultra Games, une coquille que Konami utilise par la bande pour mettre en marché des jeux développés chez eux. C’est d’ailleurs sous cette bannière que sont publiés plusieurs jeux encore bien ancrés dans notre mémoire aujourd’hui, comme le tout premier Metal Gear, Pirates! ou encore le légendaire Teenage Mutant Ninja Turtles II : The Arcade Game.

Mais Konami n’est pas seul à être mécontent. Oh que non ! Mais qui d’autre, qui ??

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